Quand un parent hésite à consulter pour son enfant

 

Depuis plusieurs mois, Nathan manifeste des problèmes de comportement à la maison et à la garderie. Il ne respecte pas les consignes et se montre parfois agressif envers les amis et son petit frère. Puisque les parents tentent toutes sortes d’interventions, mais sans succès, la grand-mère de Nathan leur a timidement suggéré de consulter. Christine, la mère de Nathan, est d’accord avec l’idée. Elle n’en peut plus des commentaires négatifs que l’éducatrice de la garderie lui fait chaque soir qu’elle vient le chercher. De son côté, Martin, le père de Nathan, est un peu insulté de cette suggestion de la grand-mère : « Croit-elle que notre fils est si débile? Un psy, c’est pour les enfants qui ont une maladie mentale ou qui ont été abusés ». Christine pensait un peu comme lui au début, et jamais elle n’aurait pensé un jour avoir besoin de consulter. Mais, en ce moment, quelques conseils de la part d’un professionnel ne seraient pas de refus! Et si quelques séances leur permettaient de retrouver une qualité de vie familiale? Peut-être que l’investissement de temps et d’énergie en vaudrait la peine? De toute façon, elle a l’impression d’avoir tout essayé et visiblement, ils ne sont pas sur la bonne voie. Si ça continue, ce n’est pas son fils qui va avoir besoin d’un psy, mais elle-même ou son couple!

Rassurez-vous, le but de cette chronique n’est pas de faire la promotion de ma profession! De toute façon, quand un enfant vit des difficultés, il est possible de consulter toutes sortes de professionnels, selon le type de problème. En fait, mon but est plutôt de rassurer certains parents qui vivent des problèmes familiaux et qui pourraient se sentir méfiants face à l’idée d’entreprendre une démarche. En effet, comme Martin, plusieurs parents croient que les psy, c’est pour les fous! D’autres parents perçoivent le fait d’avoir à demander une aide professionnelle comme une défaite ou un échec. Comme s’il s’agissait d’un aveu qu’ils ne sont pas de bons parents. Certains d’entre eux présument que le professionnel les critiquera sévèrement. La démarche vers une aide professionnelle n’est donc considérée qu’en dernier recours. Pourtant, s’ils étaient conscients des motifs les plus fréquents des parents qui téléphonent dans les cabinets de psychologues, ils se diraient que ces parents consultent trop tôt, sans avoir tout essayé, ou encore qu’ils le font pour rien.

Est-il possible de consulter trop tôt ou pour rien? Une chose est certaine, j’ai vu beaucoup de gens consulter très tard. Trop tard? Non! Il n’est jamais trop tard pour bien faire! Mais assez tard pour que le problème soit plus compliqué à régler.

Lorsqu’une difficulté s’étire dans le temps, la qualité des relations familiales s’effrite, la relation de couple des parents peut en souffrir, et l’estime de soi de l’enfant concerné peut se détériorer à un tel point, qu’il peut développer d’autres problèmes ou voir la difficulté initiale s’aggraver. Alors, mieux vaut consulter trop tôt et risquer de se faire dire au bout de trois rencontres que le problème est réglé, que de trop attendre avant de demander de l’aide.

En fait, dans ma pratique, j’ai déjà vu des parents consulter alors qu’ils connaissaient déjà la solution! Ils avaient besoin d’être plus sûrs d’eux avant d’intervenir. Deux ou trois rencontres leur ont permis d’identifier leurs forces et les quelques points à améliorer dans leur attitude parentale. Souvent, les apprentissages qu’ils font en quelques consultations leur serviront toute la vie. Pour d’autres parents qui consultent, un trouble quelconque sera identifié chez leur petit (ex.: trouble d’anxiété, trouble de comportement, d’apprentissage, etc.). On se rendra alors probablement compte que ces parents avaient fait toutes les interventions nécessaires pour un enfant normal, ce qui était insuffisant dans les circonstances. L’évaluation du professionnel leur permettra d’adapter leurs interventions à la réalité de leur enfant, et par la suite, de trouver un meilleur équilibre familial.

Pour ceux qui croient que ceux qui consultent sont de mauvais parents, sachez que le simple fait d’avoir l’humilité de chercher de l’aide et de le faire pour le bien de son enfant est déjà un signe que se sont des parents qui ont le cœur à la bonne place et qui priorisent leur vie familiale avant leur orgueil.

Pour ceux qui hésitent à consulter par peur d’être critiqué, sachez que les professionnels sont là pour trouver des solutions, pas pour vous culpabiliser ou vous démoraliser. Parfois, ils peuvent vous dire en quoi certaines de vos façpns de faire sont responsables du problème. C’est peut-être difficile à accepter comme commentaire, mais c’est en fait une bonne nouvelle. Car les choses dont nous sommes responsables sont en notre contrôle et nous avons le pouvoir de les changer pour le mieux. Plus vite nous sommes conscients de nos erreurs, plus nous pouvons limiter leur impact sur notre enfant et notre vie familiale. Et, pour être honnête… un parent qui ne fait pas d’erreur, ça n’existe pas. Même les psy font des erreurs avec leurs propres enfants…

Mais ça, c’est un secret entre vous et moi! 😉

 

 

 

 

 

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